En 2008 est sortie le film Taken. A l'époque d'Eclair, j'entendais le nom de ce film dans tous les couloirs de la post-prod (Eclair faisant un peu plus que les copies pour ce film), c'était le film a traiter de la semaine (voire du mois, suivant le boulot...).
Le scénario et la pré-prod de Taken 2 est enfin finalisé: les acteurs du précédent opus, Liam Neeson, Maggie Grace et Famke Janssen retournent sur le plateau pour la suite. Pour l'instant rien n'a filtré du scénario (même le titre pour dire...). En espérant que la fille de Liam ne se refasse pas kidnapper... ça serait ba(..)
En cette période estivale à forte teneur de départ aéroportuaire, il est parfois long (donc chiant) d'attendre dans les longs couloirs des aéroports. On est vite tenté de sortir son portable (téléphone ou ordinateur) pour faire deux ou trois choses sur le net. Si on n'a pas d'abonnement Internet sur notre téléphone, cela se révèle un peu plus ennuyant.
Dans certains aéroport internationaux (si ce n'est pas maintenant la quasi totalité) se trouvent des spots WiFi disponibles pour les passagers. Cependant, les accès sont loin d'être gratuits. Relativement ennuyant quan(..)
Mise en garde:
Attention, l'article est long (et parfois laborieux :)
A lire avec modération
(et une boite d'Efferalgan)
L'année dernière, lors des RMLL, s'est tenu une conférence qui m'a fortement intéressée. Malheureusement, je ne l'avais pas vu sur le moment et donc je n'ai pas pu faire parti des spectateurs.
La conférence portait sur le cinéma numérique : « Cinéma numérique, concentration des média ou diversité culturelle : enjeux du déploiement et perspectives de développement ».
Voici la vidéo de la conférence en question: (suivant certaines configur(..)
écemment, je suis tombé sur un bug étrange dans le navigateur Chrome/Chromium.
Après un reload durant un développement, je me suis retrouvé avec une erreur 416 « Requested Range caused ».
Une erreur que je n'avais jamais vu auparavant. Les symptômes apparaissent au fur-et-à-mesure. Au début, Chrome va vous indiquer que le fichier sur le serveur n'existe plus. Puis n'est plus disponible. Et enfin (après quelques reloads), l'erreur 416 apparaît.
Au début, on se dit « Aaah, le système est entrain de partir en vrille, il a pas eu le temps de sauvegarder correctem(..)
Si rien qu'au titre, vous voyez pas de quoi je parle, c'est que vous ne travaillez pas dans le cinéma :)
A l'origine, le DCDM est le format "master" du DCP (Digitial Cinema Package: le gros "fichier" utilisé dans les salles de cinéma). Depuis 2 ou 3 ans, il fallait un nouveau container pour faire de la sauvegarde ultime de film. Le DCL (Digital Cinema Labs) est arrivé (sur son cheval blanc) et avec lui, le format IMF: Interoperable Master Format.
Cela se comporte comme le MXF (Material eXchange Format) déjà utilisé dans le cinéma. En fait, je vois pas trop la différence, peu(..)
A priori, la société éditrice du logiciel de montage et d'étalonnage 2D/3D LightWorks a mis en place une politique Open Source et fait une release spéciale:
we announced our plans to take Lightworks open source. We always said the first step would be to make the application freely available so that a large community of users could start becoming familiar with it. We are very pleased to have reached this first milestone. Now you can freely download the most intuitive and advanced editor available. This is not a trial download. From here forward, you will always be able to download(..)
Au détour de lecture de livres divers et variés sur le cinéma (production, financement, industrie, etc...), je suis tombé sur un passage qui m'a laissé un rictus pendant près de 2h:
En France, les chiffres qui servent de base aux statistiques officielles en matière de coûts de production ne doivent pas être pris au pied de la lettre car ce ne sont que des devis estimés ex ante et, de plus, aucune autorité publique n'a accès à la comptabilité des producteurs.
Pour des raisons de demande d'attributions d'aides publiques (NDLR: Le CNC en général), ces devis sont donc b(..)
Je suis tombé sur la chaîne The Guerrilla CG Project complètement par hasard et je dois avouer avoir été surpris par la simplicité des explications dans leurs vidéos, dont voici quelques exemples:
The Polygon
Smooth Shading
Multiside Polygon
Rendez-vous donc sur la chaîne Youtube de The Guerrilla CG Project où vous trouverez plein d'autres vidéos dans le même genre(..)
Vous avez posé votre candidature en tant que contributeur dans le cadre des Labs de l’Hadopi et nous vous en remercions.
Nous avons le plaisir de vous annoncer que celle-ci a été approuvée par l’expert pilote du Lab économie numerique de la création pour lequel vous aviez postulé.
Les Labs Hadopi sont heureux de vous compter parmi leurs membres. Vous recevrez prochainement un mail vous invitant à valider votre profil sur la plateforme collaborative des Labs auquel vous aurez accès, après acceptation par vos soins des conditions générales de participation aux Labs(..)
L'histoire que je vais vous relater ici n'est malheureusement pas une fiction, c'est une histoire bien réelle qui s'est déroulée à partir de mi-mars. Malgré la note humoristique du post, tout ce qui sera relevé ici sera véridique.
Le contexte
Pour comprendre le contexte, il faut poser le « plateau des évènements ».
Travaillant dans le secteur du cinéma (Eclair Laboratoire) et mon associé Thomas, dans l'univers de la musique (Universal Music), nous avons fondé une société dans la diffusion et distribution de contenus audiovisuels (films, séries, ...) sur plusieurs(..)
En 2008 est sortie le film Taken. A l’époque d’Eclair, j’entendais le nom de ce film dans tous les couloirs de la post-prod (Eclair faisant un peu plus que les copies pour ce film), c’était le film a traiter de la semaine (voire du mois, suivant le boulot…).
Le scénario et la pré-prod de Taken 2 est enfin finalisé: les acteurs du précédent opus, Liam Neeson, Maggie Grace et Famke Janssen retournent sur le plateau pour la suite. Pour l’instant rien n’a filtré du scénario (même le titre pour dire…). En espérant que la fille de Liam ne se refasse pas kidnapper… ça serait balo.
Ce petit laïus était pour vous présenter une documentation de Kodak sur le film Taken: Bonne lecture les pioupious !
En cette période estivale à forte teneur de départ aéroportuaire, il est parfois long (donc chiant) d’attendre dans les longs couloirs des aéroports. On est vite tenté de sortir son portable (téléphone ou ordinateur) pour faire deux ou trois choses sur le net. Si on n’a pas d’abonnement Internet sur notre téléphone, cela se révèle un peu plus ennuyant.
Dans certains aéroport internationaux (si ce n’est pas maintenant la quasi totalité) se trouvent des spots WiFi disponibles pour les passagers. Cependant, les accès sont loin d’être gratuits. Relativement ennuyant quand on a pas envie, soit de payer pour 20 min de surf, soit de laisser son numéro de carte bancaire à un système dont on ne connait pas les tenants et les aboutissants.
Pour cela: une technique que j’avais utilisé à l’époque où je bossais au sein du groupe Eclair. En cette période, mes collègues, mes boss et moi-même prenions de temps à autre l’avion pour des escapades punitives commerciales et techniques.
A l’époque, je me souviens, mon boss interpellait l’équipe avec la phrase « bon, il nous faut du WiFi », puis rajoutait en se tournant vers moi avec un sourire qui en disait long: « combien de temps ? ». Sous-entendu évident: en combien de temps nous trouveras-tu une possibilité d’avoir du WiFi gratos.
La technique est relativement simple et je pense, peut marcher n’importe où. Je l’ai testé dans plusieurs aéroports et hôtels.
Principe de base des interactions clients/hotspots:
Quand un nouveau client WiFi arrive sur le spot public, le client est redirigé vers une page d’accès lui demandant soit son identifiant et mot-de-passe, soit sa carte bancaire. Suivant le type d’abonnement, le client a un jeton de temps compris entre 10 min, 30min voire parfois 1h. Après cela, la session expire et la page d’accès réapparaît.
La méthode est assez enfantine:
Il s’agit de faire une sorte hijack de la session (le jeton-temps) d’un autre client présent ou non expirée dans le réseau.
La procédure est relativement simple et ne nécessite pas d’application tierce (genre aircrack & co), mais elle est chiante si vous l’effectuez à la main:
Connectez-vous normalement à la borne WiFi.
Prenez un navigateur
Allez sur n’importe quel site
Vous allez être redirigé vers la page d’accès: cela prouve que vous êtes déjà bien connecté au bon spot WiFi.
Récupérez votre adresse IP, votre route (gateway), votre masque de réseau (netmask) et l’adresse IP du DNS donné par le spot WiFi.
Quand cela est fait, changez simplement votre adresse IP en commençant par la première de la plage réseau (hors adresse IP de la gateway).
Exemple, si on vous délivre une adresse IP en 192.168.0.x et que le netmask est le 255.255.255.0 (et que la gateway se trouve en 192.168.0.1), mettez 192.168.0.2; Ouvrez votre navigateur et essayez de vous connecter de nouveau à un site. Si la redirection apparaît: ce n’est pas une session déjà établie ou bien qui a déjà expirée.
Retentez le coup avec la 192.168.0.3, puis la 192.168.0.4, et ainsi de suite. Dès que vous avez choppé une bonne session, le véritable site demandé apparaîtra.
A l’époque, pour simplifier la procédure, j’avais écris un script shell qui effectuait cela rapidement et vérifiait si la redirection était active ou non (un simple « GET » avec un grep sur un mot-clé de la page d’accès, et le tour est joué: si le mot apparaissait: on passe à l’adresse suivante)
Mise en garde:
Attention, l’article est long (et parfois laborieux :)
A lire avec modération
(et une boite d’Efferalgan)
L’année dernière, lors des RMLL, s’est tenu une conférence qui m’a fortement intéressée. Malheureusement, je ne l’avais pas vu sur le moment et donc je n’ai pas pu faire parti des spectateurs.
Voici la vidéo de la conférence en question: (suivant certaines configurations, il se peut que vous deviez cliquer avec le bouton droit sur la vidéo et faire « play »)
Texte que j’avais lu à l’époque mais que j’avais mis de côté à l’époque.
Pourtant, le papier comme la conférence, tenu par Rodolphe Village, Christophe Sauthier et Nicolas Bertrand m’ont fait bondir devant le nombre d’inexactitude à propos du cinéma numérique et de ses enjeux.
En fin de commentaire, j’avais promis de revenir point par point à son article en commentaire. Je l’avais écrit mais jamais publié.
En faisant un peu de ménage sur mon ordinateur récemment, je suis retombé sur le texte en question.
Voici donc ma réponse à l’article telle quelle comme-ci j’avais directement commenté l’article de Rodolphe sans discussion au préalable avec lui sur le site LinuxFR.
Récemment, je suis tombé sur un bug étrange dans le navigateur Chrome/Chromium.
Après un reload durant un développement, je me suis retrouvé avec une erreur 416 « Requested Range caused ».
Une erreur que je n’avais jamais vu auparavant. Les symptômes apparaissent au fur-et-à-mesure. Au début, Chrome va vous indiquer que le fichier sur le serveur n’existe plus. Puis n’est plus disponible. Et enfin (après quelques reloads), l’erreur 416 apparaît.
Au début, on se dit « Aaah, le système est entrain de partir en vrille, il a pas eu le temps de sauvegarder correctement le fichier ». En fait, pas du tout. C’est un « petit » bug de Chrome.
Pour résoudre ce problème, il suffit … de purger le cache. (ou de mettre à jour votre version de Chrome)
Si rien qu’au titre, vous voyez pas de quoi je parle, c’est que vous ne travaillez pas dans le cinéma :)
A l’origine, le DCDM est le format « master » du DCP (Digitial Cinema Package: le gros « fichier » utilisé dans les salles de cinéma). Depuis 2 ou 3 ans, il fallait un nouveau container pour faire de la sauvegarde ultime de film. Le DCL (Digital Cinema Labs) est arrivé (sur son cheval blanc) et avec lui, le format IMF: Interoperable Master Format.
Cela se comporte comme le MXF (Material eXchange Format) déjà utilisé dans le cinéma. En fait, je vois pas trop la différence, peut-être au niveau interne (j’ai pas encore lu les spécifications IMF). En tout cas, cela m’étonnerait que le format interne soit en JPEG2000 (format destructif).
Cela se comporte comme le DCDM mais avec plus d’informations pour les laboratoires.
Après une petite vérif (et un bypass de vérificateur de mail), voici le lien direct pour récupérer les specifications du format IMF:
Alors, pourquoi je vous en parle ? parce que c’est le format utilisé pour l’accord cadre sur la numérisation du patrimoine cinématographique français signé par le ministre de la culture durant Cannes 2011. Ce projet prévoit la numérisation de 10.000 films venant de divers catalogue comme EuropaCorp, Gaumont, Pathé, SND, Studio 37, StudioCanal, TF1 Droits Audiovisuels, et de la SACD et la Cinémathèque française.
On peut saluer le fait d’utiliser un format « open source » ou « libre/ouvert ».
Allez, j’ai de la lecture …
UPDATE:
Après une brève lecture, le format interne sera du …. (roulement de tambour):
Je me douterais que le format non-compressé serait du DPX… l’honneur est sauf. Mais je suppose que pas mal de société de numérisation vont faire du JPEG2000, sinon le DPX prendrait trop de place (comptez quand même 1 à 2 To pour un film normal), donc on risque de se retrouver avec quasiment l’équivalent d’un DCDM, c’est bizarre…
En lisant une autre partie, j’ai vu un truc énorme: le IMF stockera les rushs! donc même les cuts… je sens que le poids va être le prochain problème…. 2To, je pense que je suis encore ultra optimiste…)
UPDATE #2:
En plus, y’a la gestion des pan-scans. Finalement, comptez 10 To le film …
UPDATE #3:
Le format du container des essences (vidéos, sons, sous-titres) est le MXF. Ouf!
UPDATE #4:
En lisant au fur et à mesure des specs, l’IMF m’a l’air d’être un complément des normes DCI. C’est clairement basé sur les normes DCI, mais avec des meta-données supplémentaires. Cela peut-être surtout un bon complément pour virer les « packages projects » des différents logiciels comme Quantel, FinalCut et autres AVIDs.
Un vrai container « libre » pour le cinéma ? je n’ose le croire ?
(Pimousse me parle du format EDL… ouais ok ok! :)
A priori, la société éditrice du logiciel de montage et d’étalonnage 2D/3D LightWorks a mis en place une politique Open Source et fait une release spéciale:
we announced our plans to take Lightworks open source. We always said the first step would be to make the application freely available so that a large community of users could start becoming familiar with it. We are very pleased to have reached this first milestone. Now you can freely download the most intuitive and advanced editor available. This is not a trial download. From here forward, you will always be able to download and use the latest version of Lightworks for free.
En tout cas, c’est juste énorme, au vu des specs, il remplit déjà pas mal de chose.
Au détour de lecture de livres divers et variés sur le cinéma (production, financement, industrie, etc…), je suis tombé sur un passage qui m’a laissé un rictus pendant près de 2h:
En France, les chiffres qui servent de base aux statistiques officielles en matière de coûts de production ne doivent pas être pris au pied de la lettre car ce ne sont que des devis estimés ex ante et, de plus, aucune autorité publique n’a accès à la comptabilité des producteurs.
Pour des raisons de demande d’attributions d’aides publiques (NDLR: Le CNC en général), ces devis sont donc bien souvent largement surestimés comme le reconnaissent d’ailleurs publiquement certains réalisateurs protégés par leur notoriété.
Ainsi, Jean-Luc Godard affirmant dans la presse (NDLR: Telerama du 15 mai 2010) que Film socialisme, déclaré 25 millions d’euros dans les dossiers pour Eurimages (NDLR: fond de soutien à la coproduction du conseil de l’Europe) n’en avait en réalité coûté que 300.000.
Maintenant, on est en droit de se demander où sont passés les 24 millions restant…
JLG: Mais elle est là à 150 % ! Et si vous voulez faire un film avec Eurimages (4), il faut des tonnes de papiers, et tout est fait sur des mensonges, des faux devis. Mon film est déclaré pour 25 millions, alors qu’il coûte 300 000 €. Pourquoi ?
En effet. Pourquoi ?
A noter que Godard ajoute:
Après, vous n’avez même plus besoin de le sortir, vous aurez tout récupéré, d’autant que les producteurs ont donné très peu, 300 000 €, mais ça aura pris quatre ans
Le film a peut-être coûté beaucoup plus, en général, dans le milieu, il est admis que le producteur français ne produit pas la totalité du film, mais attend les contributions du CNC et d’une chaîne de télévision (en général Canal+). Cela donne 1/3 pour chacune des parties (même si certains producteurs préfèrent donner moins de 1/3…).
Ceci dit avec toutes ses explications, nous arrivons à un petit million facile. On est donc loin des 25 millions demandés.
Je suis tombé sur la chaîne The Guerrilla CG Project complètement par hasard et je dois avouer avoir été surpris par la simplicité des explications dans leurs vidéos, dont voici quelques exemples:
The Polygon
Smooth Shading
Multiside Polygon
Rendez-vous donc sur la chaîne Youtube de The Guerrilla CG Project où vous trouverez plein d’autres vidéos dans le même genre
Vous avez posé votre candidature en tant que contributeur dans le cadre des Labs de l’Hadopi et nous vous en remercions.
Nous avons le plaisir de vous annoncer que celle-ci a été approuvée par l’expert pilote du Lab économie numerique de la création pour lequel vous aviez postulé.
Les Labs Hadopi sont heureux de vous compter parmi leurs membres. Vous recevrez prochainement un mail vous invitant à valider votre profil sur la plateforme collaborative des Labs auquel vous aurez accès, après acceptation par vos soins des conditions générales de participation aux Labs
Voila, c’est fait.
Comme je le disais autre part: j’ai l’impression d’être Han Solo déguisé en trooper sur l’étoile de la mort et que Darth Vader m’appelle de temps à autre pour valider l’avancement du chantier…
L’histoire que je vais vous relater ici n’est malheureusement pas une fiction, c’est une histoire bien réelle qui s’est déroulée à partir de mi-mars. Malgré la note humoristique du post, tout ce qui sera relevé ici sera véridique.
Le contexte
Pour comprendre le contexte, il faut poser le « plateau des évènements ».
Travaillant dans le secteur du cinéma (Eclair Laboratoire) et mon associé Thomas, dans l’univers de la musique (Universal Music), nous avons fondé une société dans la diffusion et distribution de contenus audiovisuels (films, séries, …) sur plusieurs canaux de diffusion (mobile, internet, tv, cinema, etc…).
Depuis quelques temps, nous étions en recherche de financement (business angels, fonds d’investissements, etc…) pour les besoins en développement de la société en elle-même.
Entre plusieurs rencontres de BA ou de financiers, Thomas croise, un jour, par hasard un ancien camarade de classe d’une école de management. Personne que nous appellerons Stéphane pour la suite de l’histoire. Les deux s’échangent des banalités, des nouvelles, les projets futurs, etc… Ce dernier travaillait dans le secteur de l’investissement: le sujet de nos recherches vient donc sur le devant assez rapidement. Malheureusement, ce dernier nous apprend que ses clients n’investissaient que dans l’immobilier.
Les jours passent, Thomas me reparle de Stéphane. Ce dernier aurait probablement trouvé un investisseur, américain, très intéressé par notre projet et rentrant parfaitement dans le cadre des investissements que sa société d’investissement effectue.
Stéphane propose donc qu’on en parle de vive voix tous ensemble avant de nous présenter à cet investisseur providentiel.
First encounter
Notre premier rendez-vous se déroule dans les locaux où nous sommes, proche d’Opéra, sur la mezzanine. Stéphane est accompagné, de son côté, de son associé, que nous appellerons Antoine.
On sera pas un peu trop pour une réunion informelle ?
Durant cette réunion, nous présentons dans les grandes lignes notre société et le business plan. De leur côté, les deux nous présentent dans les grandes lignes le personnage mystère et la fameuse société: Il allait nous présenter un certain Mathieu S. Dewar, CEO/PDG de la société Global Financial Investment. Un grand groupe de financement américain basé à Los-Angeles et créée par des structures bancaires aux Etats-Unis.
Mathieu était en Europe pour effectuer quelques réunions avec des partenaires. Ce dernier souhaitait ainsi développer la filiale financement et investissement en Europe, notamment en France. Cette filiale, déjà créée, s’appelle Triumph Inc.
Cependant, les deux sociétés ne proposeraient pas les mêmes types « d’aide ». La première, la Global Financial Investment, est une société fondée par deux assurances américaines: la Prime West Insurance et la State Farm Insurance. Elle effectue des prêts entre 1 et 100 millions de dollars. La deuxième, Triumph Inc., proposerait un financement propre (à contrario d’un prêt) mais plus petit entre 300 et 600 K€ et une aide relationnelle (réseaux) auprès des sociétés sous son aile.
Sur le coup, il est vrai que le premier choix semble le plus propice pour n’importe qui. Cependant, nous n’étions pas trop dans cet optique. Aussi bizarre que cela puisse paraître notre choix était attiré par la seconde proposition, pour un seul et petit détail: le réseau.
Selon Stéphane, Mathieu avait un réseau large dans les pays où nous travaillions déjà ou que nous convoitions. Nous posions donc, dans les deux cas, les « pour » et les « contre » à Stéphane. Celui-ci proposera de transmettre tout ceci à Mathieu.
Les jours passèrent. Très peu finalement par rapport à nos autres rendez-vous avec des investisseurs. Stéphane nous informa que Mathieu était toujours très intéressé par notre société a eu l’ensemble des informations et nos interrogations et se propose de nous rencontrer en personne.
Nous étions enchantés par cette nouvelle.
Celui-ci nous donna rendez-vous, toujours par le biais de Stéphane, dans nos locaux le lundi 21 Mars vers 19h.
A la rencontre du 3ème type…
Le jour J était enfin arrivé. Pour l’occasion, nous avons converti la salle de projection post-production en salle de réunion improvisée.
Heure-H. On sonne à la porte.
Stéphane emboîte le pas, suivi d’Antoine et enfin, le fameux Mathieu S. Dewar.
L’homme devait faire entre 1m80 et 1m85, plutôt sec, un grand black assez charismatique, un faux air de Jamie Foxx, le costume impeccable, un manteau brun à col relevé et une petite sacoche noire et bleutée.
I’m the great Mathieu – Cornholio – Dewar !
Dans la salle de réunion, premières discussions lambdas et échanges des cartes. Rien ne semblait étrange. Hormis peut-être un petit élément qui nous a troublé, mon associé et moi: Durant l’échange de carte, Mathieu S. Dewar ratura le numéro de téléphone en France et invoqua un problème de changement de numéro entre temps. De plus, nous attendions discuter avec le CEO de la Global Financial Investment, or la carte était de la Triumph Investment Inc, donc de la filiale. Étrange. Mais pas non plus insurmontable.
La réunion commença.
Celui-ci nous présenta sa société:
La Global Financial Investment, établie en Californie à Los Angeles et plus précisément du côté de Beverly Hills, est une société gérant des fonds empruntés auprès de deux banques, CityGroup et la Wells Fargo à un taux relativement bas autour de 2%. Les fonds sont ensuite utilisés afin d’effectuer de l’ « investissement société » soit en renforcement, soit en premier tour de table, notamment pour les early business/startup. Les fonds attribués sont soumis à une police d’assurance établie par la fameuse Lloyd’s.
La filiale, la Triumph Inc., est une société établie spécialement pour les investissements en dehors des Etats-Unis. Elle possède moins de fond que sa maison mère, mais plus de facilité à gérer certains dossiers.
Les trois grosses banques ne sont que des prête-noms pour crédibiliser l’histoire de Global Financial Investment Inc.
La réunion se passa comme n’importe quel réunion lors d’une présentation de business-plan face à un investisseur. Celui-ci posa des questions très précises sur des points particuliers. Nous répondions normalement et argumentions quand cela était nécessaire. Tout se passait relativement bien.
En fin de réunion, Stéphane présenta la suite des évènements de la sorte: nous devions effectuer une demande auprès de la maison mère, Global Financial Investment, directement en remplissant un dossier. De son côté, Mathieu S. Dewar se proposait de retourner le rapport – résumé de la réunion – dès ce soir afin de faire passer le dossier, auprès de ses conseillers, comme prioritaire.
Avant le départ, Stéphane me demande s’il est possible d’imprimer le fameux dossier car n’ayant pas eu le temps de le faire avant par eux-même. Il essaye donc de me transférer le document en question, mais pour des raisons diverses et variées, il était préférable de l’imprimer directement depuis la clef USB de Mathieu S. Dewar. Stéphane m’évoque donc le fait que ce dernier n’aime pas trop prêter sa clef USB. Élément que je comprends, il possède probablement des dossiers importants…
Mathieu se résout tout de même à prêter sa clef en ne restant pas trop éloigné d’elle. Cette clef était de la taille d’un pouce, métallisé, grise, plutôt design, accrochée à une sorte de porte-clef lambda. Nous saurons, après coup, que cette clef est capitale …
Je sélectionne donc le fichier et lance l’impression.
Curieux comme je suis, je n’ai pas pu m’empêcher de copier un ou deux documents alors qu’il avait le dos tourner…. oui, je suis vil.
GLOBAL HISTORY SINCE.pdf (présentation de la société)
OFFER TO PURCHASE xxx boulevard xxxxxxxxxxxx.docx. L’adresse d’un bâtiment prestigieux… donc onéreux…
Après la séparation, Thomas et moi nous décidions de remplir le dossier rapidement et de l’envoyer dans la foulée pour que tout ceci avance au plus vite.
Nous devions attendre quelques jours pour que le dossier soit traité par la maison-mère.
L’attente …
Une longue attente… Nous étions impatient car si cela se révélait positif, nous pouvions avancer sur certains dossiers beaucoup plus rapidement.
Quelques jours plus tard, nous apprenons que la maison-mère a enfin étudié notre dossier et que celui-ci se révèle valide pour la suite des opérations.
Stéphane nous informe que Mathieu S. Dewar viendra déposer une lettre d’intention de financement entre deux rendez-vous sur Paris. A nous de l’étudier et de donner notre confirmation ou notre refus devant la proposition.
Thomas n’étant pas disponible le jour du rendez-vous, je réceptionne Mathieu, Stéphane et Antoine rapidement le temps de recueillir la lettre en question.
Je pensais que la nouvelle rencontre ne devait durer que l’espace d’un dépôt de lettre, d’une discussion obligatoire et sociale ponctuée par les civilités habituelles. Cela ne fût pas le cas. Mathieu proposa d’étudier la lettre aussitôt. Interloqué, je les conduisis donc dans mon bureau.
Mathieu se posa en bout de bureau et les deux autres interlocuteurs en face de moi. Et c’est ainsi que nous commencions à étudier les trois malheureuses feuilles de lettre d’intention.
Je parcourais les feuillets rapidement et écoutais Mathieu S. Dewar réciter chaque paragraphe, chaque phrase, expliquer chaque terme et répondre à quelques interrogations que j’avais sur le moment.
Impressionnant, M. Dewar !
C’est à ce moment que quelque chose clocha.
Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai fini par appeler cela l’effet Highlander. Déjà, sûrement parce que je regarde trop de film, mais aussi parce que l’effet Highlander est le moment où dans votre tête, une sorte de « chose » – un déclic – se produit et vous vous dites que quelque chose cloche … mais sans savoir pourquoi. Une sorte de 6ème sens, en d’autres termes.
Je regardais la scène que je trouvais surréaliste: Comment se fait-il qu’un grand dirigeant – d’une société aussi prestigieuse qui brasse autant de milliards – effectue la lecture d’une lettre d’intention, comme un simple banquier de quartier de province. (sans vouloir être offensant pour les banquiers de quartier)
C’est à ce moment-là que je n’écoutais plus les différents protagonistes autour de moi, je les regardai. Une phrase claqua dans ma tête: « C’est une #$% d’escroquerie ! »
Je tournais les pages et ne voyais que demandes excessives, des documents complètement hors propos, comme des photocopies de passeport, une copie de « Utility Bill », qu’on peut traduire par « Facture EDF », une copie de papiers liés à des taxes payés par la société, une copie des statuts et une copie des contrats signés avec nos partenaires. Des demandes trop farfelues pour être honnêtes de mon point de vue.
Je continuais à tourner les pages et je voyais des termes anglais mal posés ou plutôt du charabia anglophone signe d’une traduction mot à mot et indigne d’un service juridique anglophone d’une grande entreprise.
Ce qui me confirma mon doute a été un tout petit détail pour le quidam, mais pas forcément pour des personnes ayant un minimum de connaissance ou de culture web.
Nous devions envoyer une copie des contrats par email à deux adresses: Le premier à un certain Steven Watt ( steven.watt@gmx.us ) et une autre copie au département financier de Global Financial Investment ( finance.department@gmx.us )
Pour ceux qui ne connaissent pas: gmx.us est un webmail gratuit américain, équivalent d’un hotmail ou d’un gmail.
Entre nous: combien de sociétés ayant plusieurs millions voire milliards dans ses comptes utiliseraient des adresses emails sur un hotmail-like ?
Je continuais la réunion comme-ci de rien n’était et j’évoque tout naturellement que la décision se prendra entre mon associé et moi-même dans les jours à venir. Initialement prévu à une quinzaine de jour, nous devions retourner le document signé sous 4 jours, soit lundi 17h, heure Californienne. Cela sentait le coup de pression habituel des escrocs pour ne pas (trop) réfléchir.
Hmmm… j’ai un doute, ai-je joué dans « 6ème sens » ou « The Sign »… ?
Fin de réunion…début des interrogations.
24h Chrono…
La porte claquée, je fais état de ma stupeur à Thomas par téléphone dans des termes fleuris comme « Ca pue sévère ! ».
Nous avions maintenant moins de 48h pour découvrir si mes soupçons se révélaient exactes. Thomas n’étant pas sur Paris, je lui transmets une copie des documents aussitôt. Lui aussi émet des gros doutes sur des termes et des phrases.
Le top-chrono était lancé…
Je décide donc d’appeler 3 de mes contacts qui aurait pu me renseigner: un ancien haut responsable d’une grosse banque d’affaire avec qui j’ai travaillé, un commissaire au compte et ancien associé dans une précédente société et un ami dont la femme travaillait en banque. (pour la dernière personne, j’avais émis l’hypothèse que les banques devaient avoir une sorte de registre de blacklist de société intra-banque permettant de se prémunir contre les sociétés écrans).
Ne pouvant joindre les 3 personnes sur le moment, je décide de rechercher des informations par moi-même. Thomas fera de même de son côté avec son réseau.
Je démarre mes investigations par les adresses.
Traque sur Internet…
Je possédais deux adresses, une sur la carte de visite de Mathieu S. Dewar et l’autre sur un des contrats:
9663 Santa Monica Boulevard
Suite 346
Beverly Hills, CA, USA, 90210
9025 Wilshire Boulevard
Penthouse 500
Beverly Hills, CA, 90211, USA
Pour le premier, je prend Google-Street-View, et voici ce qu’on découvre
Une boite postale (PO), pas très sérieux tout ceci. Surtout qu’il existe plus de 350 sociétés à cette boite et qu’en recherchant dans les anciennes entreprises établies à cette adresse, je découvre des sociétés étranges qui semblent liées à ce Mathieu mais fermées depuis le temps (notez que c’était sous un faux nom, les anciennes sociétés écrans me sont apparues qu’après de nombreuses recherches à cette adresse et à partir de ses faux noms… un vrai nid à vipère ce 9663…)
Pour la deuxième société, nous trouvons ceci:
Un bâtiment plutôt beau. Mais l’habit ne fait pas le moine.
Mon problème avec cette adresse, c’est déjà la quantité de société étrangère à la Global Financial Investment. Pourtant, la société est censée accueillir plusieurs centaines d’associés.
Selon l’adresse, la société se trouve au penthouse, c’est-à-dire au dernier étage. Difficile donc de vérifier depuis le bord de la route avec Google StreetView.
Je décide donc de contacter un ami à Los Angeles et lui demander s’il était possible de passer à cette adresse. Celui-ci accepta sans broncher, je pense que l’aventure le tentait bien. Il me fallait attendre.
Entre temps, une autre adresse était disponible, celui des bureau sur Paris:
21 Boulevard Haussman
75009, Paris
France
Par chance, cette adresse est à quelques rues de nos locaux, je décide donc d’y aller à pied et je tombe nez à nez à côté du Surcouf d’Haussman. Au 21 se trouve des bureaux typique: Banques, Immobiliers, diverses sociétés, des avocats et surtout … un centre d’affaire. Traduction: des bureaux à louer pour l’heure. Comme par hasard …
Je retourne au bureau et continue mes recherches. Je tombe après plusieurs heures de recherche sur une adresse étrange donnée par le magazine BusinessWeek Online:
Triumph Investment Inc.
www.globalfinancialinvestment.com
2050 Russett Way
Carson City, Nevada
Le nom ne m’est pas étrangé, il apparaît sur un des documents échangé. Et comme par hasard, nous tombons sur une société « Budget Corp », une société proposant des boites postales et hébergé entre un coiffeur et un restaurant de burgers célèbre.
A priori, A Global Financial Investment et Triumph Invest, on a la classe internationale pour trouver des adresses qui donnent envie.
Entre temps, mon indic sur place revient de sa reconnaissance au 9025 Wilshire Boulevard. Ce dernier est dubitatif: aucune plaque au nom de l’une des sociétés, ni même de celui de Mathieu S. Dewar et encore moins à une société liée de près ou de loin à de l’investissement.
Traque sur son identité
J’essaye de trouver des éléments sur ce fameux Mathieu S. Dewar. Après tout, c’est lui l’acteur principal de cette mascarade.
Je constate que l’ensemble des documents sur Mathieu Dewar et Global Financial Invest ont été établis entre mai 2009 et juillet 2009, Triumph Invest qu’à partir de novembre 2010.
Je constate également que les différents noms de domaines des différents emails n’existaient pas ou étaient relativement récent:
Site Internetwww.triumphinvestments.us.comwww.globalfinancialinvestment.comEmailmfs.d@triumphinvestments.us.com
Le nom de domaine globalfinancialinvestment.com n’a pas d’historique registrar avant 2008 … Étrange pour une société crée – dixit Mathieu lui-même – en 2001.
Je note également que le nom de domaine a eu 2 erreurs de renouvellement en 3 ans d’existence. Soit les administrateurs systèmes et réseaux de Global Financial Invest. sont incompétents, soit l’auteur a eu quelques petits soucis pour avoir accès à un ordinateur pendant un petit laps de temps…
Mathieu S. DewarChairman/CEO at TRIUMPH INVESTMENTS INC (2008-Present)Chairman/CEO at GLOBAL FINANCIAL INVEST. (2001–Present)EducationColumbia University - Columbia Business School (1978–1982)
Seulement trois ?
Sur 500 personnes dans l’entreprise ?
Investiguons: le premier profil est celui de Mathieu S. Dewar, le deuxième d’un directeur de la filiale à Shanghai, c’est en fait celui de Mme Loretta Liang qui a un profil atypique: secrétaire maîtrisant le word/excel et sachant notifier les meetings depuis le début de sa carrière, elle passe gérante de la filiale Triumph Investment. Shanghai: Un joli coup de boost dans sa carrière.
Je continue mes investigations en restant fixé sur Mathieu.
C’est lui qui détient la clef.
Je fais donc une recherche sur Dewar, rien de probant en premier lieu. Mathieu Dewar, rien de probant non plus hormis des références étranges sur Global Financial Investment qui ne fait que renforcer mon sentiment négatif sur cette société.
Au détour d’une page avec d’autres mots clefs (adresse, numéro de téléphone, etc…) je tombe indifféremment sur un Mathieu Dewar, Mathieu S. Dewar. Puis, à ma grande surprise, au cours d’une recherche avec certains mots-clefs particulier, je tombe pour la première fois sur un Frank Dewar [1][2][3][4]. Avec la même adresse ou le même type d’image bidon en icône de garde.
Le dernier document est intéressant, il provient de la Chambre de Commerce de Beverly Hills. Sur ce document, nous constatons que :
Le document a été crée entre juillet et août 2009
A la page 6, on accueille les nouvelles sociétés à Beverly Hills
Que Global Financial Investment, Inc. y est présent
Que le PDG est identifié comme étant Frank Dewar et non Mathieu
L’adresse est la même que sur la carte de visite de ce fameux Mathieu
Mathieu, Frank, Dewar…. Cela devient de plus en plus étrange. Et si le « S » était un élément clef pour trouver sa véritable identité ? Que signifie-t-il ?
Je fini par le découvrir au bout de quelques minutes à partir du nouveau prénom découvert: Frank Sablon Dewar.
La société n’est pas la même, c’est la World Resources Trading Inc.. Bizarrement le choix des mots pour le nom de la société est aussi folklorique que pour Global Financial Investment. Des termes génériques qui ne veulent rien dire.
Mathieu Frank Dewar Sablon ? Mais finalement, qui est-ce ?
I follow you since a loooong time, Mr. Dewar !
Je finis par le découvrir à l’aide d’un internaute qui a eu la bonne idée de créer un site sur ce personnage.
Vous vous souvenez du petit air de l’acteur Jamie Foxx ?
Et bien, voici la photo de notre fameux investisseur:
Photo prise il y a quelques années lors d’une réunion pre-escroquerie.
Le personnage s’appelle Frank Sablon, née dans les DOM-TOM (Martinique ou Guadeloupe, je ne sais plus) dans les années 50. il est divorcé, un fils et un casier judiciaire long comme le bras. Il officie dans plusieurs pays: Etats-Unis, Belgique, Luxembourg, Suisse, Chine, Japon, ….
Et voici le résumé de la vie de ce fameux Franck Sablon que je vous laisse découvrir par vous-même: sablon-dauberton.com
Je contacte l’auteur du site. Celui-ci m’en apprend beaucoup, notamment sur le fait que Frank s’en tire en utilisant des subterfuge à la « pas vu, pas pris ». N’ayant pas été pris en flagrant délit, il s’en tirait de temps à autre.
Je vous passe les recherches annexes sur les sociétés écrans diverses, les analyses internes des fichiers échangés qui me permettront d’appuyer mes conclusions mais qui ont peu d’intérêt pour le référencement Google de l’individu afin d’aider les potentiels autres (futurs?) victimes.
De son côté, Thomas reçoit des informations d’un de ses ami, avocat d’affaires international: le contrat est une supercherie dès la première ligne. Mais nous le savions déjà …
Retour de flamme …
Nous décidons d’aller au commissariat du 2ème arrondissement, rue des croissants. En exposant brièvement la situation, l’agent écoute brièvement et conclu par un bref « cela m’a l’air d’être du lourd ». Il était loin de la vérité.
Deux agents me reçoivent, une première personne en uniforme et la deuxième en civil. Je supposais que le deuxième était de la BAC jour. Ce dernier m’informe ce que je savais déjà: le préjudice n’étant pas intervenu, ils ne peuvent rien faire.
Avec Thomas, nous décidons donc de faire un joli remake d’Ocean Eleven. Sauf que les billets seront remplacés par un escroc de haut vol. Après tout, il s’est bien foutu de nous, on va s’amuser à notre retour.
On a même embauché Pierre Benichou dans le cast (à droite)
Stéphane ayant eu vent de nos interrogations post-réunion, nous devions jouer fin pour ne pas ébruiter notre plan. Pour ce faire, nous remettons Stéphane en confiance – ne sachant pas s’il était complice ou non: Nos questionnements ne portaient que sur les documents que nous devions fournir et si nous pouvions tout délivrer en temps et en heure avant lundi. Pour nous, tout était OK: nous aurons les pièces demandées pour le prochain RDV.
Nous n’apporterons aucune pièce; Seulement une pièce de théâtre en réel.
24H passe… Aucune nouvelle. Dimanche, réception d’un mail provenant de Stéphane et comprenant un document que nous devons remplir avec une notification supplémentaire: prévoir 2 chèques pour le prochain RDV… nous avions prévu qu’une partie de l’arnaque se situerait à ce niveau. Mais pas que là. Pour nous l’arnaque aurait constitué en 2 ou 3 étapes: Premièrement, encaisser les chèques et se barrer; Encaisser les chèques et à l’aide des documents que nous avions fourni, souscrire un prêt dans une banque lambda à notre nom.
Élément amusant, les adresses définies dans le dernier document envoyé fait mention de Carson City et de la banque Wells Fargo. Ce qui correspondait pile-poil à des éléments de nos premières investigations.
Ocean’s Eleven: le RDV
Le rendez-vous est planifié pour le lundi 28 mars à 18h, dans nos locaux.
Il nous fallait beaucoup de preuve de l’escroquerie…
Nous décidons de prévoir beaucoup de choses: déjà un premier document stipulant que nous délivrons 2 chèques de XXXX euros à Mathieu S. Dewar. Il nous fallait une signature, un début d’usurpation d’identité, faux et usage de faux.
Nous nous attentions à ce que les autres documents soient déjà pré-signés: s’il était interpellé, il pouvait nier en être l’auteur. Il nous fallait donc une signature devant témoin.
Je repasse au commissariat et repose les conditions: Ce soir, une tentative d’escroquerie, si la police n’est pas là, on fait cela sans eux. Un des agents note mon numéro et voit ce qu’il peut faire, mais à première vue, les effectifs étant tous occupés, la planque avec la BAC sera difficile ce soir.
16h, l’heure approche; Nous préparons le terrain, nous posons des micros et des caméras pour le grand show de Frank. Problème: les caméras auraient été trop visible, nous laissons donc un seul micro et positionné… en dessous de la place prévue pour Frank.
16h30: un coup de fil d’un numéro inconnu: le commissariat du 2ème, 3 agents arrivent pour se greffer au plan. Là, on commence à s’amuser. Quelques minutes après, 3 officiers arrivent dont un major.
Pour ce dernier, si l’homme vient ce soir, cela sera du gros dossier qui passera directement à la brigade financière.
On lui pose le plan, il est d’accord et restera en planque avec les 2 autres officiers. Entre temps, il contacte de nouveaux effectifs. Nous nous retrouvons donc avec 6 agents dans les locaux et 2 ou 3 autres dehors en standby.
Delta Tango Charlie, en position
18h30…. Les 2 compères sont en retard. Durant ce laps de temps, Thomas et moi nous nous mettions d’accord sur le plan à suivre: accueil, civilité, dépôt des chèques, signatures des dépôts des chèques et enfin le grand show final: on dépose nos preuves sur la table et on regarde comment il réagit.
Entre deux, nous discutons avec les officiers et tentons de décompresser.
Il était amusant de constater que tout le monde sursautait dès que la sonnette de la porte retentissait. Les officiers se remettaient en planque en quelques secondes.
19h… nous pensons que Frank va se défiler. Trop de doute. Il va sûrement ne pas venir.
19h10, Stéphane appelle. Nous attendons tous une annulation du rendez-vous. Cela n’a pas été le cas, Stéphane confirme bien le RDV, Mathieu est en retard, il est dans un train provenant du Luxembourg, ils arriveront avec une demi-heure de retard.
Thomas veut vérifier les dires de Stéphane et demande des informations auprès d’un indicateur à la SNCF, devant le regard amusé des officiers: « Mais vous avez des indics partout ou quoi ? »
Le train arrive à 19h20 … Nous supposions un mensonge. Nous saurons par la suite qu’il était bien au Luxembourg avec une de ses victimes, – dont je tairais le nom – et devait effectuer des opérations bancaires au sein de la banque Dexia avenue Monterey.
19h40, le téléphone sonne de nouveau: ils sont en bas. Tout le monde en place. Le major se met en place pile dans la ligne de mire de la place supposée de Frank. Même les clients qui effectuaient un montage d’un long métrage dans la salle d’à côté sont de la partie. Activation des enregistreurs. La porte sonne. Mathieu et Stéphane entrent. Sourire « bright » de rigueur.
Et … Action!
La porte se referme, le piège aussi …
Début de la réunion, tout se déroule normalement. Mathieu/Frank joue son rôle parfaitement, il sort les mêmes recettes vues aux dernières réunions. Je remarque qu’il sort deux fiches cartonnées affichant des opérations immobilières: une tentative pour crédibiliser son dernier voyage ?
Au détour d’une ouverture, je découvre une sorte d’organigramme. Non ! il ne va pas oser nous donner un faux organigramme quand même ? Cela a été le cas par la suite, je m’amuse de lui dire que cette information est très intéressante. Sachant que 20% des noms, sur son organigramme, ont été vérifiés au préalablement et se révèlent être soit des faux noms, soit des personnes décédées.
Mathieu/Frank nous demande si nous avons bien vérifié si la société existait bien à Los Angeles, Thomas lui répond par l’affirmative et qu’il n’y avait aucun problème pour la suite des opérations…
Thomas et moi-même jouons les idiots du village à perfection. Nous laissons Mathieu/Frank nous présenter la suite du programme. A titre personnel, je pensais « avec beaucoup de gravier, à sec » mais pour lui.
Mode camouflage: activé Mode idiot: activé
Nous tentons de remplir les documents venant de Mathieu/Frank lui-même en attendant notre passage « remise de chèque ». Thomas fait semblant d’écrire des informations pertinentes sur les documents.
Pendant ce temps, quelque chose intervient que nous n’avions pas prévu: Mathieu/Frank, tellement en confiance devant la situation, signe un de ses propres documents directement devant nos yeux et celui de l’officier en planque: le piège se referme, il a signé un document comme étant « Mathieu S. Dewar ». Tout le reste ne peut être que bonus pour un dossier à charge.
Thomas et moi-même continuions notre petit jeu. Nous remplissons un dernier document, puis enfin arrive la remise de chèque. Nous savions que Mathieu/Frank ne pouvait pas endosser un chèque français en dollar, il devait donc nous demander un chèque en euros qu’il allait devoir déposer en France; De plus, il devait nous donner un ordre: Soit son vrai nom, soit d’une autre personne/entité complice dans l’affaire.
Thomas prépare l’ordinateur portable pour le taux de change et commence à notifier le montant en euros.
Puis, ce dernier attend fébrilement que Mathieu/Frank donne l’ordre auquel il devait signer les chèques. Mathieu/Frank sort un nouvel intervenant mystère: « Mettez le à l’ordre de KFOND, c’est une filiale de Triumph Inc qui effectue des transactions immobilières en Europe ». Mais bien sûr … Ni Thomas, ni Stéphane – lui aussi surpris – n’avions entendu ce nom auparavant.
Alors que je fais diversion en discutant avec Mathieu/Frank en lui préparant les papiers, Thomas, discrètement regarde sur societe.com si l’entreprise existe: bien évidemment que non.
Nous supposions (confirmé par l’un des officiers) que le chèque aurait pu être endossé par Frank purement et simplement en manipulant le nom: Avec KFOND, nous pouvons arriver facilement à SABLONDAUBERTON sans difficulté et sans éveiller les soupçons du simple guichetier de banque.
Entre temps, je prends notre contrat piégé et je commence à le remplir avec les différents montants et l’ordre fraîchement connu. Thomas signe, puis Stéphane – que nous avons placé comme tiers de « confiance » – et enfin Frank/Mathieu. Thomas et moi-même récupérions l’ensemble des documents comme-ci de rien n’était.
Frank/Mathieu sort un nouveau dossier surprise et commença sa nouvelle scénette: « Bon, je pense que nous pouvons passer à … »
Ayant assez de preuve, nous pouvions commencer les hostilités à notre tour, je le coupe donc sèchement et commença mon petit laïus: « Effectivement, nous pouvons passer aux choses sérieuses … » rajoutais-je, en prenant notre dossier de recherche.
Interro’ surprise, M. Dewar…
A ce moment-là, je lui pose la première photo de la plaque du 9025 Wilshire en commentant: « Alors, de notre côté, nous avons effectué quelques investigations, nous avons demandé à quelqu’un d’aller à l’adresse là … Je ne vois pas le nom de votre société, je trouve cela un peu bizarre »
Frank/Mathieu ne répond que par un bref « oui ». Il semble à l’ouest. Il ne comprend pas trop ce qu’il se passe.
Je continue donc « Votre adresse sur votre carte de visite [9663 Santa Monica Bld], j’ai une magnifique photo » où on y voit une magnifique boite postal.
Sourire au début, Stéphane constate que la photo affiche une pauvre boite postal, loin de la présentation qu’en avait fait Frank/Mathieu.
Frank/Mathieu m’interroge sur la photo « Ca c’est où, ca ? »
Je rétorque de suite avec un brin sarcastique: « Vous devriez connaitre … »
Frank tente une justification: « Ah oui, ca c’est notre … heu …. notre … adresse de … comment cela s’appelle … heu … où on reçoit notre courrier … le 96… »
Je le coupe sèchement: « 9663 Santa Monica Boulevard, vous inquiétez pas je commence à la connaitre par coeur » (A noter que lui aussi il aurait dû car ses précédentes sociétés bidons étaient à la même adresse … )
Je continue sur l’adresse à Carson City. Il me rétorque aussitôt: « Carson city il n’y a pas d’adresse ».
Je le recoupe de nouveau « Ah si si ! [ je montre le document de BusinessWeek] y’a une adresse, j’ai même une belle photo [ je lui montre une photo de la zone industrielle ] » (de plus l’adresse à Carson City était présent sur un des contrats apportés, documents que je n’avais pas lors de mes recherches et qui confirmaient donc le tout… il était donc difficile de nier au final qu’il ne connaissait pas l’adresse)
Stéphane ne comprend plus rien, je le vois regarder Thomas pour tenter d’avoir une explication sur ce qu’il se passe.
Concernant la société, je lui évoque plusieurs références « Global Financial Investment » avec un président nommé une fois Mathieu, puis une autre fois Frank.
Il ne sait pas quoi répondre, le seul mot qui sortira de sa bouche sera une onomatopée d’exclamation.
Je continue sur ma lancée: « Bon, on continue nos recherches et on découvre enfin la signification du « S », c’est « Sablon » »
Il essayera de justifier cela: « Ah oui, mais ca c’est mon nom de … heu … de …. c’est mon nom de … [ NDA: son nom américain, ce qu'il dira à la police ] ».
Je le recoupe: « pas de problème, pas de problème ! ». Je ne l’écoutais même pas, il s’enfonçait de plus en plus.
Alors qu’il me regardait et qu’il faisait sombre, je pose la première page du site sablon-dauberton.com, sa photo d’un côté, et « l’extrait » du casier judiciaire du personnage de l’autre
Et je lui pose la question de suite: « Et vous vous reconnaissez sur la photo ? »
A ma grande stupeur, il voit la photo et répond derechef sans lire le texte à côté: « Oui, oui, je me reconnais bien sur la photo »
Je regarde Thomas brièvement, il venait d’avouer devant tout le monde que c’était bien lui.
Je me retourne calmement vers la planque de la BAC et appelle les officiers. Ces derniers sortent de partout et encerclent Mathieu S. Dewar Frank Sablon Dauberton.
Interpellation dans nos locaux avec succès, un parfait flagrant délit.
Put your weapon down !
A l’heure actuelle, Frank était en garde à vue. Le commissariat du 2ème va être déchargé du dossier pour partir à la brigade financière. D’autres plaintes se sont rajoutées au dossier à charge durant les premières 24h et d’autres se suivent.
A priori, selon la police, il sera probablement condamné de 7 à 10 ans, voire pire.
A noter que durant son interpellation, il avait un billet de sortie de Fleury-Merogis fraîchement imprimé. L’homme devait être dehors que depuis quelques mois (NDA: A priori, entre septembre et début novembre 2010)
Stéphane est sorti de garde à vue, disculpé, il a lui aussi été manipulé dans l’histoire; Il est maintenant témoin à charge sur le dossier Sablon.
Au dernière nouvelle, Sablon a été déféré devant la brigade financière, une perquisition va être établie sous peu à son adresse dans le 15ème.
Il existe encore plusieurs victimes inconnues, n’hésitez pas à diffuser ce post ou le site sablon-dauberton.com. Son coeur de cible est maintenant dans le domaine de l’audiovisuel/théatre/cinéma. Une de ses dernières victimes venait du Luxembourg, elle travaillait dans le cinéma.
Cadeau bonus:
L’enregistreur, planqué sous le canapé, a été récupéré après coup … il a parfaitement enregistré toute la scène.
Seuls regrets:
Ne pas avoir une version vidéo de la scène. Une caméra aurait été trop visible. Sauf une caméra miniature, mais pas assez de temps pour s’en dégoter une.
Ne pas avoir récupérer le contenu de la « fameuse clef USB »: Et oui! je n’ai pas évoqué le contenu de cette clef, mais selon certaines sources (son ex-compagne par exemple), elle détient une vraie mine d’or comme ses coups, ses fausses identités, ses faux documents, et peut-être plus… Quand je pense que je l’avais entre les mains (et que je voulais la copier lors du 1er RDV), j’enrage :-)
UPDATE: Les comptes Linkedin continuent d’être modifiés…. Mystère… C’était probablement quelques heures avant son interpellation.
UPDATE du 30/03
En cellule, Franck Sablon s’est énervé et a juré que quand il sortira, il essayera de nous pourrir par tous les moyens. Rendez-vous dans 10 ans !
UPDATE du 30/03
A noter que même en cellule, il essayait de persuader que l’affaire du « bâtiment prestigieux » se poursuivrait sans problème… (achat ou revente du bâtiment sur une somme assez dérisoire sur le papier, moins de 40% de son véritable prix)
UPDATE du 01/04
Je viens d’apprendre qu’il a été relâché sous contrôle judiciaire … sympa.
Remerciements
- Google/Streetview/Linkedin pour la mine d’informations.
- Patrice Rogement, qui gère le site sablon-dauberton depuis tant de temps. Je peux le dire, le site a vraiment aidé, sans lui, nous n’aurions pas pu découvrir le vrai profil du personnage.
- Greg, aka Pimousse, from Los Angeles pour les photos et ses vérifications sur place ;-)
- Les officiers de la BAC de jour du 2ème arrondissement (je ne peux malheureusement pas citer les prénoms) qui sont restés en planque pendant près d’une heure et ont travaillés jusqu’à tard dans la nuit, afin de finaliser les dépôts de plainte et les garde-à-vues
- Le réalisateur et la monteuse qui ont joué le jeu jusqu’au bout dans la salle de post-production juste à côté du rendez-vous et entre nous et la BAC
- A nos différents indics dans différents secteurs privés et du publics qui nous ont confirmés ou révélés certaines informations. J’ai du résumer à ce niveau car pas mal de personne ont participé à ce processus mais pour éviter tout problème (hiérarchie, secteur, etc…), j’ai du me résoudre à ne pas mentionner leurs statuts ni leur fonctions. Merci à eux.
A noter qu’un reportage sur la BAC, qui nous a suivi durant ce flag, sera diffuséa été diffusé sur TMC le 29 Avril