Je viens de voir la vidéo de Frédéric Sitterlé, PDG et fondateur de mySkreen, je vous propose de la voir avant de faire mon commentaire.
Je suis un peu Frédéric Sitterlé depuis quelques temps déjà. Déjà pour avoir assisté à ses toutes premières conférences sur mySkreen (et donc les premières béta du site) et cela au tout début de la société (et aussi parce que nous nous croisons, lui ou son équipe, aux mêmes évènements/réunions/restaurants (grand hasard: nos bureaux sont à deux rues l’un de l’autre)).
A l’époque, je m’étais fait la réflexion que mySkreen n’était pas dénué de sens: il combinait une sorte de Télé7Jours, d’un moteur de recherche sur la vidéo et de dispatcher vers les distributeurs détenant les droits sur les contenus. Je me souviens même d’avoir comparé, à l’époque, mySkreen comme « un Kelkoo de la vidéo » (je ne sais pas s’il fait référence à moi justement dans la vidéo. À l’époque, il m’avait répondu par l’affirmative concernant ma comparaison. Si c’est le cas, j’en suis flatté :)
mySkreen est un portail qui – si je caricature – fait un peu comme les sites proposant des liens « megaupload/megavideo », dans le sens où ils ne sont que « référenceur » d’une offre légale sur les autres plateformes légales (TF1Vision, CanalPlay, etc…). (je précise: mySkreen ne référence que les offres légales)
Là où le bas blesse, c’est lorsque Frédéric Sitterlé met en avant les 1,3 millions de contenus référencés et se positionner comme une alternative à iTunes. mySkreen ne peut être comparé à une alternative à iTunes tout simplement pour une seule et bonne raison: mySkreen ne détient pas ces 1,3 millions de contenu. Ces derniers restent détenus par les distributeurs/diffuseurs qui ont acheté les droits en France. (notez que le catalogue de VODEO a été acquis par cette filiale du Figaro)
Comme il est exprimé dans la vidéo, si je devais résumer mySkreen (hors ma comparaison kelkooyenne), j’utiliserais l’exemple de la compagnie de taxi aux abords d’un campus de société. Ce campus abritant des centaines de hangars représentant un distributeur différent. Vous avez le hangar TF1, le hangar CanalPlus, le hangar FNAC-VOD, et ainsi de suite. Vous prenez un taxi et vous lui dites « je veux Avatar ». Le conducteur va rechercher sur ton GPS qui va lui indiquer qu’Avatar est détenu par « CanalPlus », par exemple. Le taxi va vous y emmener et vous déposer devant le dit-bâtiment. Vous remarquerez donc qu’à aucun moment le taxi va vous donner ce contenu, il va seulement vous déposer devant le bon hangar. mySkreen c’est pareil.
Je suis un peu gêné pour plusieurs raisons.
En premier lieu, mySkreen n’offre pas véritablement une alternative au piratage … mais l’offre quand même. Il l’offre dans le sens où il facilite la mise en relation du spectateur au distributeur. Il n’est donc pas considéré comme une menace par ses derniers: il est un apporteur d’affaire avant tout. Ce qui me gène, c’est que je ne crois pas que mySkreen face véritablement évoluer la filière (distributeurs/diffuseurs/ayant-droits) vers un « new deal » numérique. Mais plutôt appose une sorte d’énorme pansement sur une plaie toujours béante. (ne travaillant pas chez mySkreen, je peux me tromper)
Ceci dit, je ne suis pas totalement négatif sur mySkreen. La plupart du temps, lorsque j’ai pu croiser des gens de chez eux (Frédéric en premier), je les ai toujours vus comme des gens compétents, ayant une bonne vision de l’ère numérique et de la distribution de contenu. Pour dire vrai, je crois quasiment que ce sont les seules à poser les bonnes questions lors des colloques liés aux numériques (durant les labs HADOPI, la demoiselle – dont je me souviens plus le prénom – représentant mySkreen, a été la seule à poser, sur la table, la question de l’offre légale; Pendant que d’autres s’interrogeaient sur la possibilité d’avoir des points réducs sur les « impôts sociétés » …)
mySkreen n’est pas véritablement une alternative à iTunes, dans le sens où – hormis le catalogue VODEO – il ne possède pas de contenu, il ne fait que référencer et renvoyer le consommateur vers les bons sites. Ceci dit, c’est immanquablement une bonne idée pour faciliter l’accès aux catalogues légaux auprès des spectateurs, tout en respectant la chaîne de valeur auprès des distributeurs. En cela, le kelkoo de la vidéo est loin d’être inutile.
Pour terminer sur une petite référence gastronomico-publicitaire: « mySkreen, c’est bon, mangez-en »